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Entretien avec Henri Storck
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Fiction-documenaire
Cinéma muet
Misère au Borinage
Le Banquet des fraudeurs
Symphonie paysanne

Le banquet des fraudeurs

FraudeursLe banquet des fraudeurs est né d'une situation politique. En 1949, la section cinématographique du plan Marshall m'a confié la réalisation d'un documentaire sur le phénomène Benelux qui devait servir de banc d'essai aux projets d'unification européenne.

Un peu inquiet des implications psychologiques et sociales du sujet, j'ai fait appel au concours de mon vieil ami et compagnon d'école Charles Spaak, le célèbre scénariste. L'idée de cette enquête l'a vivement intéressé, cela l'amusait de changer d'interlocuteurs, de rencontrer des industriels, des syndicalistes, des économistes, des hommes politiques, lui qui ne fréquentait que les milieux de cinéma. Le projet était excitant, les frontières allaient enfin s'ouvrir en Europe. Ces perspectives auraient dû provoquer un enthousiasme général mais nous nous sommes aperçu qu'elles entraînaient plus de méfiance que d'adhésion, que les gens avaient peur de perdre quoi que ce soit de leurs privilèges. Et il n'était pas question de faire la moindre concession au pays voisin. Un exemple, les ouvriers hollandais avaient des salaires moins élevés que les ouvriers belges. Dans un souci d'harmonisation, on a proposé aux Hollandais d'augmenter les salaires mais leurs syndicats ont refusé, voulant garder aux entreprises hollandaises leur capacité de concurrence. Aucune solidarité de branche à branche, les ouvriers de la métallurgie se foutaient du sort des charbonnages, les ouvriers épousaient les thèses des patrons. Chacun pour soi. Et business first.
   
Un documentaire nous parut indigeste et nos convînmes d'une autre approche, celle d'un film de fiction, mi-comédie, mi-aventure, un jeu de gendarmes et voleurs agrémenté d'un conflit amoureux. Charles Spaak avait imaginé de mener de front cinq actions parallèles, ce qui était un risque pour moi qui tournais mon premier film de fiction. Mais l'idée était nouvelle et exigeait une grande science de la composition dramatique, ce en quoi Spaak excellait 2. (...)
   
Le film fut présenté au Festival de Cannes, salué par le public, peu loué par la critique; il a déplu aux Hollandais qui n'en appréciaient pas l'humour, peu compris par les Allemands qui étaient en train de reconstruire leur Fays et ne pensaient pas à l'Europe. Les Anglais n'ont vu que du feu dans ces histoires de frontières car ils n'en ont jamais connues. A New York, le film a obtenu le Selznick Laurel Award pour son idéal de rapprochement entre les peuples.

Ce fut mon unique expérience de film de fiction.
Je regrette de n'en avoir pas réalisé d'autres mais il était encore trop tôt, les mesures d'encouragements au cinéma ne sont apparues en Belgique que bien des années plus tard.
Je me réjouis que d'immenses talents comme ceux d'André Delvaux et de Raoul Servais puissent en bénéficier maintenant. Il n'en reste pas moins que, dans ce pays, pour faire du cinéma, il faut avoir le coeur bien accroché.


 
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